VoyageurFixe

21 septembre 2017

Il es parfois des terres et des êtres purs malgré tout…

Classé sous Non classé — voyageurfixe @ 4 h 28 min

Est-il seulement possible de découvrir et vivre en un endroit où toutes les parties de son âme ne font enfin qu’un? Est-il possible de mettre un terme à un conflit si profond, si violent que plus rien ne semble exister au-delà de cet affrontement? Y a-t-il quelque part un lieu où tout est apaisé, sans aucune friction morale, physique amenant inévitablement douleur et rejet? J’ai beaucoup avancé dans le noir, batailler plus encore avec des difficultés parfois plus vastes, plus obscures que tout ce que j’aurai pu imaginer exister dans ce monde qu’on essaye de faire croire de lumière… Ne plus être touché, ne plus rien sentir, perdre toute cette sensibilité à vif qui ne cesse de me brûler à chaque minute, à chaque seconde, sans jamais rien m’épargner. J’aimerai tant ne jamais être débusqué, que personne ne voit jamais que je suis si fragile, si profondément touché par les autres. Que je les aime tant. J’aime tant la vie, l’existence de chacun de ceux qui m’entourent. Je suis touché par ce qu’il y a de plus doux, de plus charnel en ceux qui font le choix de vivre avec grandeur, générosité au plus près de moi, parfois pour quelques jours.

 

Les vignes, des vignes, à perte de vue, sur des dizaines de kilomètres, à perte de vue. Du plus haut point du Beaujolais, le Mont Brouilly et sa chapelle, rien d’autre ne semble pousser. Comme si rien n’était né d’une quelconque ingénierie humaine, comme une terre laissée toute entière aux volontés d’une nature toute-puissante. Ne pas boire, et avoir cette passion, cette fascination pour les vendanges, le pressurage, la vinification. Il y a quelque chose de génial, de divin dans ce métier, cet emploi. Il y a une noblesse, une grandeur à travailler la terre.  Créer à partir de rien, au fil des saisons, à force de travail et d’un apport météorologique, relève quoi qu’on en dise, en pense, d’une Grâce Divine. Se balader entre les rangs , laisser ses mains filer sur les feuilles, tiges des pieds de vigne qui défilent. 10 hectares, 10.000 mètres carré, 1 pied chaque mètre dans toutes les directions…. 10.000 pieds… des pieds sans fin, des centaines de tonnes de raisins, doux, sucrés, parfois légèrement âcres quand on en abuse un  peu trop en les coupant.

 

J’ai vu, presque par accident, « Knight of Cups » il y a peu de temps de cela, les yeux et l’âme tout entiers ouverts, tentant de ne rien laisser échapper de cette œuvre sublime et infiniment profonde. Je ne sais pas quoi en dire, les mots me manquent, à moi, quelle ironie. Je n’aurai jamais pu penser qu’un film puisse plonger si intensément avec tant de fluidité, avec une esthétique, une aisance si immenses. Vif, pénétrant et excessif, comme s’il m’avait parlé en particulier à ce qu’il y a de plus obscur en moi, de plus impénétrable à ma simple conscience. Un déchirement sans fin, au plus profond de moi-même, comme un coup de poignard m’éventrant délicatement pour mettre à l’air libre tout ce que je porte en moi. C’est ce qui s’est passé pour moi, sans que je ne sache pourquoi, sans que je ne sache expliquer quoi que ce soit. Cette impression d’être en phase, en adéquation complète avec une œuvre m’emmenant aux frontières de mes souffrances, de mes failles les plus intimes, les plus enfouies sous les tonnes de fange qu’apporte le vie de tous les jours d’une vie…

 

Écrire au final c’est complexe, cela réclame une honnêteté don je n’ai pas souvent fait preuve dans ma vie par le passé. Étrange de se dire qu’on peut tricher, jouer, inventer, mais jamais mentir avec un stylo. On peut se cacher, mais jamais se dissimuler entièrement derrière ses propres écrits. Écrire, écrire avec pour ambition de tout donner, tout évacuer, laisser sur une feuille tous les tourments que mon esprit complexe peut s’inventer pour continuer à souffrir… 256 pages, 256 longues, très longues pages d’une très longue digression; 562.879 lettres, 562.879 pour tenter de circonscrire, de parquer une terreur sans fin qui se diffuse dans chaque recoin de mon esprit… Je ne sais pas si cela, d’une manière ou d’une autre, m’a purifié, m’a vidangé de ce qui me ronge. Je n’ai jamais autant écrit que depuis ces quelques dernières semaines, depuis que je sais que le crabe s’est lancé à ma poursuite avec acharnement, comme déterminé à tout livrer en cas d’échec à me sortir de cette énième embûche médical. Il va bien falloir qu j’arrive à la fin des sept vies dont je semble disposer, tel un chat particulièrement chanceux. Malgré cette pression qui m’a poussé à écrire, vite, et j’espère bien, je ne sais à présent pas quoi faire de ce manuscrit, de cet amas de mots né de mes obsessions, mes peurs, ma volonté de m’alléger de tout ce torture. Et si tout cela ne servait en réalité à rien, ne m’avait en rien délesté de ces conglomérats intérieurs destructeurs?

1 septembre 2017

« Tenir, s’accrocher, en faire une question de principe. Il ne reste plus que celade toute façon, les principes… »

Classé sous Non classé — voyageurfixe @ 5 h 01 min

Le monde et les esprits simples sont pleins de fausses idées, et prétentieuses qui plus est. On dit que savoir de quoi l’on souffre et ce que l’on va endurer tranquillise et soulage l’esprit. Ceux qui racontent ses âneries ne savent manifestement pas de quoi ils parlent, ceux qui pensent que savoir libère d’une terreur, parait-il inconnue et implacable, n’ont jamais été de l’autre coté du miroir. C’est toujours ainsi il faut bien le reconnaître. Les plus présomptueux sont souvent les plus ignares mais aussi ceux qui sont le plus écouté, bien aidé par cette assurance qu’ils ont d’apporter la vérité toute entière en cadeau. Quand on sait, la plupart du temps on préfère ne pas mettre au parfum les autres, on veut leur épargner cela, certaines vérités doivent être cachées, et le faire n’est pas mentir, bien au contraire.  Savoir transforme un doute, une crainte, parfois même une intuition indicible, il est vrai suffocante, en véritable certitude tétanisante, atroce de douleur, de désespoir. Il ne s’agit plus même de peur, elle s’est déplacée sur d’autres vecteurs, pour laisser place au désespoir, nuit sans fin de ne rien pouvoir faire d’autre qu’attendre, attendre de souffrir, supporter tout ce que ce corps étranger inflige de douleur. Un corps étranger voué tout entier à infliger douleur, et mort, essence sans appel, sans pitié, sans conscience. Le soldat exterminateur dans sa perfection ultime, dont Skynet lui-même doit rêver après chacun de ses échecs temporels. Bras levés et collés sur au visage, en garde pour tenter d’encaisser, de souffrir le moins durement possible, bien qu’hagard sous la violence, la pluie des coups portés; sans pouvoir répondre, riposter. Pour tenter de garder l’esprit lucide, les yeux ouverts, comme une obsession à laquelle on doit rester accrocher comme un squale à sa proie, de crainte de ne jamais pouvoir les rouvrir. Un combat bien inégal dans la secret même de ses règles et combattants. Et on parlera encore et toujours de la beauté de la vie, de la chance incroyable de pouvoir se soigner. Quel intérêt si cela signifie souffrir sans fin, en devant rester stoïques, un vrai modèle de héros, cracher ses tripes entières baignant dans un acide tout brûlant, perdre ses ongles au moindre choc et s’en évanouir de douleur et d’horreur, sentir sa mâchoire éclater comme écrasée dans un étau, ne pas dormir de crainte de mourir connement en s’étouffant dans son propre vomi, mort peu élégante quand on n’est pas un guitariste de génie? Et certains semblent encore chercher une dignité là où il n’y a que de l’horreur, du pathétique, de la solitude… Qu’ils oublient leurs contes de fées, vendeurs de merdes préfabriquées et visions toutes calibrées de ce qui est καλὸς καὶ ἀγαθός. Les tripes, la merde, le sang, les larmes, les râles, voilà tout ce qu’il y a en fin de compte, tout ce que la vérité amène, sans dire bonjour, sans dire merci. De la merde, élevée au rang de divinité sacrée par les hypocrites et les imbéciles.

 

Ce rythme lancinant, enivrant qui m’occupe l’esprit et qui revient sans cesse, comme s’il me suivait pour me chuchoter quelque chose, un secret que je devais quoi qu’il arrive apprendre. Le bruit des touches d’une machine à écrire des années 60, machine sublime, odeur d’encre âcre qui semble envahir le nez à n’en plus le lâcher, et cliquetis associés, un caractère artisanal à l’écriture, comme si écrire devenait l’oeuvre d’un travailleur des mots, des formulations captivantes, ouvrier du plaisir, de l’évasion fantastique de l’esprit des lecteurs plus ou moins volontaires.  Existe-t-il plus grand honneur que celui d’écrire, de faire se sentir triste, euphorique, libre, soulagé une personne qui n’a fait qu’ouvrir une couverture sans même imaginer qu’avec ce simple geste il s’apprêtait à rentrer dans un monde sans limite où tout est encore possible? Je me souviens du premier livre qui me bouleversa, de l’instant précis où la documentaliste de mon collège me le mit entre les mains. La police de caractère, l’image sur la couverture, et même le temps qu’il faisait ce jour là. Comment aurai-je pu imaginer à cet instant, 14 ans, que ma vie s’apprêtait à être à tout jamais transformé, sortie d’une légèreté saine? Car depuis lors, rare ont été les jours où j’ai pu vivre sans ressentir cette crampe, sans sensation de torture permanente, insupportable et dont pourtant j’envie de ne jamais me passer: je dois écrire, je dois créer, manipuler les mots comme des trésors, des inventions folles permettant à des oeuvres, et permettre à des légendes de naître. En ces temps d’abrutissement sans fin et surtout sans fond, où l’idole a cessé depuis longtemps d’être le poète prophète annonçant les temps nouveaux, l’auteur engagé hurlant de son exil sur son minuscule rocher au monde sa révolte, l’écrivain harassé par l’exigence et la douleur de son génie, harassés tous qu’ils sont de n’arriver à exprimer toute leur sensibilité, profonde, féconde.

 

Céline, encore Céline, astre tutélaire d’une Littérature triomphante, jouant pleinement son rôle. Je ne peux plus lire autre chose avec passion depuis des semaines. Pour une certaine santé mentale et garder l’esprit ouvert je m’y astreins, mais tout me parait bien fade en ce moment en comparaison de cet écrivain sublime, rageur, exigeant. Haït, adulé, ignoré, célébré, Céline est l’une des figures majeures de son époque, nul ne peut rester indifférent face à un génie si fécond, si radical, sans compromis dans sa vie, quasi son oeuvre. C’est pratiquement l’une des conditions sine qua non pour reconnaître un génie, de ceux qui resteront dans tous les esprits lettrés pour les siècles à venir, être détesté, vilipendé par les bonnes consciences de leur époque.  Toujours révélateur de lire les réactions outragées, en appelant à la décence, l’humanité, des juges et bourreaux de Céline et son oeuvre. Comment en vouloir à un homme qui ne changea jamais de cap; les mots, les formules tranchants comme le sabre de ses soldats de l’ancien régime morts pour Dieu et le Roi, plantés dans les entrailles de ses têtes de turcs, les juifs mesquins et accapareurs, ce peuple français abruti par la réclame triomphante, les franc-maçons tout entiers complotant, les bonnes âmes toutes entières voués au Christ que pour mieux envoyer à l’abattoir guerrier de naïfs jeunes engagés pour une gloire se tapant de leurs destinés… Les critiques, ces hypocrites, ces lâches et mesquins scribouillards qui n’ont pas su, pas pu devenir le grand écrivain que Céline a été, dénonçant les horribles écrits, propos, pensées antisémites de Céline –qu’il ne prit plus même de dissimuler derrière un alter-ego inventé comme pour « Voyage au bout de la nuit »–, ont été bien moins courageux lorsqu’il fallut se dresser contre les persécutions brutales et barbares de l’occupant allemand et de son obligé volontaire vychiste…. Planqués, soumis, serviteurs de ceux qui sont aux commandes, prêts à tout pour être de ceux qui décident, récompensent, jugent, vouent aux flammes de l’enfer et de la réprobation morale. Au moins, tout aussi dégueulasse et vomitif que Céline fut dans sa haine, il assuma ce qu’il était, il ne fit jamais semblant pour plaire aux temps et à leurs moeurs guindées. Debout, digne et sans regret, placé en haut de la barricade qu’il a toute entière construite de ses oeuvres, il a gueulé sa haine, sa rage de la misère, du dégoût d’une vie minable, obligée de vivre avec ce qu’il détestait le plus, les autres. Je ne peux malgré mes convictions radicalement opposées que saluer l’homme d’Honneur qu’il était, tout autant que l’écrivain qui a profondément bouleversé ma vie. A en souffrir. A en pleurer de regret. Surtout de regret de l’avoir lu tant son talent me fait me sentir minable et indigne d’exister.

 

La fièvre permet d’oublier, d’avoir l’esprit assez tourmenté pour ne plus rien penser, plus rien si ce n’est à cette langueur, cette chaleur intérieur qui détache de la réalité. Et sentir son sang comme bouillonnant à l’intérieur de ses veines, ses artères, tout prêt à gicler par tous les orifices possibles si quelques degrés supplémentaires devaient se rajouter encore. Comme l’impression de vivre dans le corps d’un autre, un corps que l’on sentirait s’échapper, happer par un mal tropical mystérieux qui ne laisserait que l’esprit entier, se rassasiant de la chair et de la bidoche sans défense. J’aime me sentir comme ça, j’aime sentir la fièvre car cela signifie que la lutte est engagé, que le combat a commencé et que rien n’y mettrait un terme si ce n’est la mort ou le triomphe de la volonté biologique de survivre. Un combat minuscule par la taille des acteurs, des agents engagés, mais d’une violence, d’une rage totale. La vie, armée de son beau système immunitaire renforcé de tout notre sainte chimie médicale faisant face à des milliers d’agents tueurs déterminés à l’abattre sans scrupule. La mort engagée dans la seule oeuvre qu’elle sache mener, détruire, exterminer sans pitié, sans laisser quoi que cela soit resquiller. Le plus grand des combats, sans aucune commune mesure avec tout ce que la barbarie humaine dans la guerre a pu inventer et appliquer, aidé de la plus impitoyable arme, son esprit malade. Pendant que la lutte féroce se déroule, plus rien d’autre n’existe, ne peut exister. Il occupe tout l’espace, tout entier, d’une existence à but et fonction unique, tel le coupe-papier de Sartre. Toute devient alors simple, clair, presque tolérable.

 

J’aimerai lire plus, j’aimerai avoir tout lu ou être persuadé d’y arriver un jour prochain; romans, nouvelles, essais, traités, recueils, contes, biographies, récits de voyages, bande-dessinées, oeuvres techniques, jusqu’à la dernière des lignes, tout, même ce que je hais, et même le plus ennuyeux des écrits de Beigbeder. Dieu s’il devait s’amuser à se cacher sous notre regard, dissimulé des yeux de tous, serait sans doute quelque part dans un livre, tout entier émerveillé, humblement admiratif que sa création ait pu atteindre un si grand degré de génie, de beauté dans la création. Lire jusqu’à en vomir, en être dégoûté de tout le reste, surtout la vie, à s’en faire éclater la rétine, le nerf optique, lire jusqu’à en crever, dans l’allégresse, euphorie d’une dernière découverte, d’un dernier chef-d’oeuvre dévoré à toute vitesse. Quel bonheur que cette idée, bonheur à l’idée de de souffrir! Mourir de lire, mourir en lisant, une seconde après une dernière ligne, un dernier mot, quelques part à Meudon, pourquoi pas route des Gardes… Qui dit mieux?

 

Je rêve souvent en ce moment, je rêve d’un voyage que je fantasme de faire depuis des années. Je n’en ai jamais parlé, à qui que ce soit. Sans trop de raison, il n’y a rien d’intime, ou si peu, dans cela pourtant. Mais à chaque fois que j’ai voulu le faire, ma gorge s’est nouée si fort, si brutalement, que plus un mot ne pouvait en sortir. Une douleur, comme un coup de poignard qui me brûlerait le ventre de n’arriver à évacuer, à parler de tout cela. Et ces images, ce film, introuvable, que j’ai vu, par accident, un soir de déprime à base d’agents alkylants… Le ciel d’un bleu, cyan, si pur, si enivrant, quand il ne neige pas, les fumées des puits qui remontent et laissent une odeur lourde, âcre qui imprègnent les vêtements, les cheveux de tout ceux qui s’en approchent de trop. On dit même ça et là, que le blanc des flocons est différent là-bas… J’irai, quoi qu’il en coûte, par avion, par bateau, à la nage, debout, à genoux ou couché, mais j’irai. Une fois là-bas, sans trop savoir pourquoi je fumerai une cigarette, et je regarderai l’horizon que je saurai être la limite de ce monde, comme si aucun autre n’existait en réalité. Peut-être même balancerai-je les pieds sur l’unique phare de l’île au bord du monde, certain d’être là où il faut. Pas que je le veuille, pas que je l’affirme, je le sais; je sais que cela arrivera. Là-bas, la certitude d’être arrivée là où je devais me rendre depuis longtemps, juste pour pouvoir dire que je l’ai fait. Sentir que j’ai atteint le point de non-retour. Et pouvoir commencer à exister complètement.

14 juin 2017

La nuit sera longue…

Classé sous Non classé — voyageurfixe @ 1 h 15 min

J’ai un peu lu ce soir. Je me suis forcé à lire devrai-je dire. Je n’en ai rien retenu, à peine le titre du livre ouvert, c’est dire. Je n’en avais aucune envie. Je n’ai envie de rien. Mais je ne peux pas vraiment me permettre de me laisser à la dérive. Je me connais bien trop pour me laisser pourrir dans une telle situation. Je sais que mon caractère fait de moi quelqu’un d’excessif, quelqu’un d’entier jusqu’à l’inacceptable, parfois, pour ne pas dire souvent en fait. J’essaye d’écrire, mais cela aussi ne donne pas grand chose. Vraiment bon à rien ces derniers jours. L’impression d’être vide, sans contenu, et l’impression que cela sera sans fin. Cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti cela. J’espérais que plus jamais cela ne m’arriverait de toute ma vie.

 

Je crois en quelque chose qui nous est supérieur, quelque chose d’omniscient, d’omnipotent. Et je souffre de ne pas prendre le temps d’être pratiquant. Je souffre de ne pas avoir cette discipline. Je souffre de ne pas arriver à parler de ma foi de manière claire. D’être si renfermé sur moi-même pour ce genre de chose. Je crois que si je t’expliquai en quoi et comment je crois, tu aurais la certitude que je suis fou. Je crois pourtant sans réserve, sans doute.

Je dois passer quelques temps chez moi, en Euskal Herria, au milieu des montagnes, des vallées verdoyantes à l’aspect sauvage, aux troupeaux éparpillés ça et là. Des montagnes aux millions d’années, indiciblement sublimes, fortes, autour desquelles des hommes, respectueux tentent de vivre avec respect. Être Basque c’est plus qu’un passeport, c’est plus qu’un lieu de résidence, c’est plus que tout ce qu’on peut dire avec des mots. Mais il va falloir que je rentre, que je me rapproche, car à présent je me sens incomplet. Je sens en moi l’appel. Je sens en moi la force d’apprendre ma langue, de changer de nom, de m’installer au milieu des miens pour devenir quelqu’un d’autre, un autre garçon.

 

J’aimerai être très loin là. J’aimerai perdre la mémoire et ne jamais plus la retrouver. J’aimerai avoir plus de choses, et des choses plus gaies à te dire mais je n’ai plus rien. J’ai besoin de me purger de ces choses qui me rongent avant que cela ne m’abîme pour de bon ou te fasse souffrir toi. J’aimerai arriver à dormir. Quand on dort on ne pense plus à rien, on oublie même sa propre culpabilité pour de bon.

 

Je ne suis plus avec toi, physiquement, parce que pour la première fois depuis longtemps j’ai l’impression que tu ne peux rien pour moi. Que tu m’es inutile. Que tu ne peux soulager cette souffrance que j’ai, que je porte et que j’exprime en des termes que tu ne peux comprendre. Et je ne veux pas que ma frustration se transforme en rage. Et je ne veux pas que ma rage se retourne contre toi. Cela ne serait ni bon, ni juste, pour toi et pour moi.

 

Je suis certain de rien. Je n’ai plus beaucoup de certitudes, plus aucune en fait. Je ne saurai dire si tout cela va durer. Je crois que je suis dans une très mauvaise passe.

10 avril 2017

« Le jour d’après lui apporterait tout ce qu’il avait toujours souhaité [...]« 

Classé sous Post Personnel — voyageurfixe @ 4 h 21 min

« Demain c’est loin » chantent certains, mais souvent dans ma vie, demain me sembla très près, trop près. Et là demain c’est déjà même un peu aujourd’hui vu l’heure. Demain lundi 10 Avril 2017, aux alentours de 19hrs30, je serai au centre de Vaulx-en-Velin. Dans une salle qui fut prévue originellement pour être baptisée « Salle Georges Marchais », mais qui devint sous l’influence de révionnistes de toutes espèces et autres moralisateurs « Salle Édith Piaf » qui ont tout compromis, tout rejeté. Entouré de camarades, certains étant des proches et plus que cela encore, d’autres à peine de simples compagnons politiques avec qui je n’ai que peu d’affinités intellectuelles et politiques. En ce lieu, à cette heure, je serai, dans une ambiance partagée entre l’enthousiasme et les grincements audibles de dents, élu Secrétaire à l’Organisation de la Section de Vaulx-en-Velin du Parti Communiste Français. 30 ans, 3 mois, 2 jours et quelques heures. C’est le temps qu’il m’aura fallu pour en arriver là, parfois rapidement, le plus souvent péniblement. C’est le temps qu’il m’aura fallu pour me retrouver sur le point 0 d’où je vais pouvoir enfin commencer à grimper plus haut que le minimum acceptable.

J’ai beaucoup de défauts, je lutte pour les effacer, au moins les corriger et tenter de devenir quelqu’un de meilleur chaque jour. C’est difficile mais je sais qu’au final sans doute le plus important est d’essayer pour pouvoir être irréprochable tout en étant totalement départi de cet orgueil ceux qui ont cherché l’excellence. L’humilité jusque dans la volonté de devenir meilleur, jusque dans la volonté d’être le plus proche possible de la perfection tournée vers les autres. Mais j’ai quelques qualités, et parmi elles j’ai la capacité de sentir les brèches qui s’ouvrent devant moi pour faire une échappée loin en avant du groupe. Je sens ces opportunités qui pourraient me permettre de me retrouver loin en avant du reste de ceux qui m’entourent. Et je sens là, qu’une de ses brèches s’ouvre devant moi, une des plus importantes ne s’étant ouverte pour moi depuis bien longtemps. Ma méfiance, mon inclinaison quasi pathologique à la paranoïa m’a souvent fait rater ou mal-juger des chances inespérées, presque trop pour ne pas paraître être des pièges, des fausses perspectives. Et surtout me les faire penser bien trop imméritées pour que j’en profite.

Écrire est sans nul doute la plus belle chose qu’un Homme puisse faire, réaliser. Cela lui permet de transcender tout ce qu’il y a de plus sublime, de plus douloureux en lui. Et de faire de tout ce surplus un Art majeur permettant de s’élever bien au-dessus de tout ce qu’il aurait été sans l’écriture. Un Légendaire, sans même parler d’un génie de la Littérature, cesse d’être un simple Homme, il devient plus, il devient une Légende, une Légende selon la définition latin de ce terme si souvent galvaudé, dégradé. Y a-t-il plus grand génie que celui de donner vie aux mots, aux imaginations de l’Esprit pour permettre l’évasion de tous ceux, toutes qui n’ont souvent que ce moyen là pour le faire.

Je vois en « Gatsby le Magnifique », je vois en ce livre ce qu’il y a de plus troublant, de plus ravageant dans ce que j’ai pu lire depuis bien, bien longtemps. Le destin du personnage éponyme de ce roman est sans doute la représentation de ce qui me bouleverse le plus. De ce qui m’effraye plus encore je crois pour être sincère. Je regrette non pas d’avoir vu le film dans le fond, mais de l’avoir vu avant de lire le livre dont il est issu. J’ai de fait les images du film calées sur chacune des pages que je peux lire. Ce n’est pas bien grave en soit, et mon imagination sait avec quelques efforts se débarrasser de cet aspect déplaisant.

J’ai passé un week-end épuisant, arpentant le bitume, rencontrant bien des amis, et faisant quelques nouvelles connaissances. Je me rends compte combien, dans le même temps, l’action militante peut repousser toutes les limites et son extrême relativité concrète. Cela donne une étrange sensation de schizophrénie, de contradiction dans ma compréhension de la réalité et de ma façon d’interagir concrètement avec elle. Cela provoque bien des moments de déprimes, comme prisonnier d’un monde lancé à pleine vitesse contre un mur infranchissable; tout comme de surpuissance, comme si j’étais capable de tout surpasser. Je suis harassé par cette montagne russe émotionnelle perpétuelle dont je commence vraiment à souffrir, presque physiquement souffrir. Y a-t-il un instant dans ma vie où je saurai me départir de toutes ses turpitudes sans fin? Y a-t-il un instant dans ma vie où je serai en état d’ataraxie complète, fort et apaisé?

On dit que Dieu est partout, en chacun de nous et tout autour, à chaque instant. Je sais que c’est compliqué à comprendre, saisir et imaginer pour ceux qui n’ont pas la foi. On préfère y voir un mysticisme mal-placé, une manière de se rassurer dans la fatalité inévitable de la vie, pour ne pas parler carrément de charlatanisme. Je comprends toutes ces réactions dont certains de mes proches partagent les conclusions parfois forts intolérantes. Mais je le sens parfois, je sens quelque chose de plus fort, de plus grand que moi, que tout ce qui peut matériellement exister sur ce plan, et dans ce monde. Je n’ai pas de révélation soudaine, je n’en ai jamais eu, ce n’est pas mon caractère. J’accepte seulement avec plus de facilité ce que je suis, ce que je crois depuis bien longtemps. Il est dur pour un cartésien comme moi d’avouer, de s’avouer qu’il y a des choses hors de sa compréhension, même poussée jusqu’au bout. Je prie parfois, et même souvent en ces moments difficiles. Je ne demande rien pour moi, cela ne me semblerait bien trop égoïste, égocentrique et déplacé. Je prie pour que tout aille mieux, mais je ne demande jamais rien pour moi et les miens. Si ma foi est justifiée alors tout finira comme cela se doit. Dans le cas contraire nul ne pourra me contredire et le Néant s’occupera parfaitement de moi. Et tout sera très bien ainsi, dans les deux cas.

La guerre atomique, la dernière guerre de la Pré-Histoire de cette Humanité décadente et agonisante est au coin du bois. Et je n’ai pas peur. Je n’ai plus cette peur terrifiante qui m’a par le passé m’a tétanisé, poussé vers l’avant, vers l’action, sans doute pour de mauvaises raisons. La peur n’est pas bonne conseillère, elle m’a sans doute fait faire des erreurs d’analyses, d’appréciations. Il fallait agir pour éviter le pire, il fallait agir au plus vite pour éviter que toutes les catastrophes possibles et imaginables ne se produisent finalement. Mais aujourd’hui je n’ai plus peur, plus d’une once de ce poison ne me perturbe. Je sais que je dois essayer de me contenter de jouer mon rôle, comme tous les autres, en essayant d’être le domino qui fera basculer toute la file du bon côté. Le reste est en entre les mains du hasard, ou de quelque chose qui s’en approche plus ou moins. Rien que je ne puisse en tout cas contrôler, diriger malgré toutes mes bonnes volontés.

Je suis un peu fatigué mais je sens que j’ai en moi une énergie sans fin, que je suis capable de tout ou presque. Je reconnais cette force, cela faisait longtemps que je ne l’avais pas ressenti. Je suis pressé de te voir, je suis pressé de dormir, ou essayer de dormir, avec toi.

Harry « K »

21 mars 2017

« Il continua d’avancer, presque plus par habitude que par volonté [...] « 

Classé sous Post Personnel — voyageurfixe @ 0 h 57 min

Tu es rentrée il y a quelques jours, tu viens de signer un bail, après quelques jours d’une difficulté morale extrême, différemment pour chacun de nous. C’est difficile pour moi, ça a été douloureux de te voir te débattre avec des soucis aussi complexes qui semblent sans fin. Jamais je ne crois en avoir autant bavé avec quelqu’un avec qui je suis. D’habitude c’est moi le compliqué du couple, d’habitude c’est à moi qui faut tendre la main pour éviter que je n’ai définitivement la tête sous l’eau. C’est épuisant, épuisant de se battre ainsi, avec l’impression comme Cervantès d’affronter des moulant à vent sans perspective de se sortir de cette situation. J’ai un caractère dur au mal, dur dans les difficultés, obsédé par le fait de s’en sortir, presque obsédé par les difficultés à résoudre, méthodique dans leur traitement. C’est étonnant de voir les différences qui nous séparent sur ce point là. Je suis épuisé Angela, vraiment vidé, autant physiquement que moralement tant les obstacles ont eu l’air d’être plus nombreuses chaque jour que la veille. Je ne veux plus jamais avoir cette sensation d’abandon, de vide totale. Jamais.

J’ai commencé ce post sans trop savoir où il va me mener tant je suis épuisé, tant j’ai envie juste de me taire, de dormir, longtemps et de me réveiller en ayant perdu cette sensation de vide abyssale. Cela paralyse toute ma vie, mon militantisme, ma capacité à lire, mon envie d’écrire. Là, comme jamais depuis des années et des années j’ai envie de partir, ailleurs, de me refaire une santé, un moral loin des miens, pour pouvoir craquer, me négliger, ne rien que trainer au lit, à ne rien faire, si ce n’est attendre que le temps passe sans activité aucune.

J’aimerai te parler de « Gatsby le magnifique » de Francis Scott Fitzgerald, j’aimerai te parler du destin tragique de cet auteur, symbole parfait d’une génération d’auteur connu sous le nom de « Génération perdu » dont Hemingway, l’immense, l’incommensurable Hemingway fait lui aussi parti. J’aimerai te dire que Gatsby est ce qu’il de plus parfait pour comprendre ce qui se passa, la folie qui toucha les années 20, les années folles, un peu partout aux États-Unis mais aussi une certaine France, insouciante, irréelle, perdu dans un déni, une fuite en avant sans fin. J’aimerai te dire, t’expliquer clairement pourquoi je regrette tant de ne pas avoir lu ce livre bien auparavant. J’aurai tant voulu le lire durant mes années de lycée, car, instinctivement, sans pouvoir l’expliquer clairement, je comprends qu’il aurait profondément changé ma manière de concevoir la création romanesque. Comme « Cent ans de solitude », « Voyage au bout de la nuit », « Aden Arabie » ou « Pour qui sonne le glas » entres autres l’ont fait par le passé. Savoir qu’on tient entre ses mains une oeuvre titanesque, méconnue et critiquer férocement en son temps, et savoir qu’on a peut-être raté sa rencontre avec elle. Trop tard, pour en vivre, avec toute la puissance nécessaire, la moelle artistique, le génie profond et pourtant si humble que tant d’écrivains ignorent. J’aimerai tant avoir ce talent presque délirant et insaisissable. J’aimerai tant ne pas penser qu’une vie sans être un génie de la littérature est une vie raté, de raté, une vie à peine digne d’être vécue.

J’ai peur de mourir en ayant à l’esprit que nul ne saurait convenablement se souvenir de moi comme d’un Homme de talent, un Homme intègre. Je suis conscient de la mégalomanie, de l’arrogance folle auxquelles peuvent me conduire de telles ambitions, de telles rêves. Je sais tout cela, et je me protège, en me rappelant volontairement, en rappelant volontairement aux autres d’où je viens, de qui je suis le fils, de quelle classe je proviens et à laquelle je me réfère si souvent. par fierté, par identité, par conviction politique. Fier mais aussi méfiant de ce que je pourrai devenir sans ces piqûres de rappel si régulières. Je ne me fais pas d’illusion, et je sais que tout le monde peut dériver, et oublier, devenir presque quelqu’un d’autres, un inconnu pour celui qu’on a été, qu’on a voulu être tant d’années.

Je suis las, las moralement et j’ai envie de voir le monde, tout autant pour ne pas être ici que pour être ailleurs. Avec les années, avec les désillusions, avec la vie qui passent, je ne rêvent plus que de calme, d’espaces libres, sans barrières, sans vie humaine pour salir, dégrader. Les reportages sur les immensités sans fin de Sibérie, immaculées, pure, où la vie n’a qu’à peine changer depuis des milliers et des milliers d’années me fascinent. J’aimerai voir cela, j’aimerai vivre là-bas pour ignorer un monde, une Humanité dans lesquelles je crois chaque jour un peu moins. La sensation d’être Buck dans « L’appel de la fôret », l’impression d’avoir des instincts animaux incontrôlables avec les années passantes. Je n’en peux pus des simagrées, des politesses contingentes, des obligations morales sans fin et ridicules. Je veux une vie dénudée, une vie de simplicité sans aucun travestissement dénaturant une expérience si courte que la vie. Je ne veux pas vivre, je veux exister entièrement et sans limite.

Jusqu’à présent la campagne des législatives me maintenait à la surface mais sur ce terrain aussi je commence à connaître des désillusions terribles. Je sais combien la politique est cruelle, mais certains douleurs, certains affronts sont d’une extrême douleur. Celle que j’ai vécu ce soir est difficilement soutenable, tant elle touche à ce qu’il me semble, être au plus profond de mon être. Je suis ce soir au bord de la rupture, un instant où je suis capable de tout arrêter, de devenir un électeur moyen, refusant tout militantisme. Je suis au bord d’abandonner ce qui toute ma vie d’adolescent et d’adulte m’a défini.

Je sens l’implosion possible, je sens que je suis au bord du ravin. Je sens que tout est possible, que je suis à un croisement comme j’en ai autrefois connu. J’espère faire les bons choix, j’espère être capable de rester droit et ne pas chuter.

Je n’ai pas un centime en poche, je ne peux plus retirer, cela me terrifie. Comme un vide sans fin.

Martin E.

1 mars 2017

Le froid revient.

Classé sous Post Personnel — voyageurfixe @ 4 h 17 min

Cela fait quelques temps que je ne t’ai pas écrit. Pas pris le temps, et surtout pas envie de le faire machinalement, pour ne pas écrire et ne rien dire de vraiment pertinent. C’est un peu différent de quand on était ensemble. Ensemble au quotidien, il y a toujours quelques choses à se dire, quand on vit les choses à deux. Même des banalités. Au prie on se contente de se câliner ou de faire chacun nos affaires côte à côte. Moi lisant ou jouant pendant que tu travailles . Mais là, à des milliers de kilomètres de distance, c’est radicalement différent.  Difficile de savoir alors ce qu’il faut que je dise, ce qui va t’intéresser ou non. Écrire ne signifie pas rien, et le faire pour ne rien dire d’intéressant est à la limite du pêché à mon esprit. Une amie il y a quelques années disait que si je croyais en Dieu, il devait sans doute s’appeler Céline, ou Sartre, ou Hemingway. Je ne cesse de m’apercevoir combien, si tôt, elle avait raison et avait déceler cette obsession qui ne faisait que naître alors.

Avec cet éloignement géographique involontairement vécu, je m’aperçois aussi que l’on se connaît peu, pour ne pas dire même très peu. Étonnant comme on peut s’attacher à quelqu’un dont on ignore tant de choses, surtout moi, qui ai tant besoin de comprendre, de saisir, obsédé par tout savoir dans les moindres détails sur ceux qui partagent mon intimité. Je m’aperçois aussi que comme je l’ai pensé très vite, la durée limitée de cette relation avant ton départ a sans doute tout accéléré. Parfois quand je pense à ces quelques mois, j’ai l’impression que je suis avec toi depuis des années, par l’effet d’ un de ses phénomènes physiques délirants ayant déformé le temps. J’ai crains un moment, de par mon caractère te pousser à cela, à t’investir, à faire comme si c’était une histoire sûre. et finalement j’ai eu l’impression que tu as participé à ce processus d’accélération. À ta manière, nonchalante et presque détachement, comme si tu flottais à la surface des choses, les faisant, les vivant sans jamais vraiment t’en sentir concerné. Cela te donne une certaine grâce, une certaine légèreté.

Pour être honnête je suis profondément déchiré de la situation avec ta mère. Je sais ce qu’il faudrait faire, mais je sais aussi que cela n’est pas faisable, comme pour la mienne. Cela me fait plus mal encore que ma propre situation avec ma propre mère. Le malheur des autres m’a toujours effroyablement plus fait souffrir que le mien. Mon imagination sans doute le multiplie, l’élève au rang de martyre sans fin, amplifié aussi par l’attachement que j’ai pour toi; Je me sens impuissant face à ton malheur, face au malheur désespéré de ceux qui m’entourent. Je préfère souffrir à leur place, je préfère souffrir pour eux. parce que j’ai l’impression de pouvoir faire face. Je ne sais pas si c’est de l’auto-mutilation, un héroïsme teinté de masochisme ou une sensibilité à fleur de peau définitivement trop douloureuse. Dans tous les cas, je ne regrette jamais de souffrir pour les autres, de pouvoir leur permettre de se libérer en parlant de ce qui les torture. Comme si j’étais un puit dans lequel il déversait tout ce qui les dévore, les torture. Pour le moment j’ai la sensation de savoir gérer tout cela, de ne pas avoir trouver de fond à ce puit.

Souvent en ce moment je rêve de mon père. Je ne sais pas trop pourquoi. Son anniversaire arrive mais les autres années je n’en rêvais pas autant. J’en parle pas beaucoup, j’y fais souvent référence, mais je n’en parle pas beaucoup. Comme une présence vague, toujours là, sans jamais être au premier rang. Je ne sais pas trop si c’est pour ne pas réouvrir des plaies mal fermées ou parce que je ne sais pas quoi en dire. Je ne saurai pas vraiment par où commencer, comment en parler. Les hagiographies ne sont pas vraiment ma spécialité, et de toute façon il ne le supporterait pas. Mais comment parler de lui sans tomber dans l’éloge, la référence historique, la tendresse filiale, la mélancolie douloureuse? Comment parler respectueusement, avec justesse, de quelqu’un qui a laissé un trou béant, à tout jamais béant, dans sa propre vie? Alors pour ne pas dire de bêtise, je me tais, et je fais quelques références discrètes sans conséquences. Juste assez pour parler de lui. Pas assez pour commettre un impair ou me plonger dans une dépression sans fin.

En 2019, j’aurai un choix à faire, un choix déterminant pour le reste de ma vie. Il y a des carrefours importants dans la vie, ou tout peux changer de manière radicale. En allant au lycée à Lyon, loin de ma banlieue morne et mélancolique, j’ai pris une direction claire face à l’un de ces carrefours existentiels. En 2019 je devrai choisir si je veux aller à la conquête de la municipalité ou si je préfère rester en retrait, dans l’ombre, comme je l’ai toujours préféré. Voir si je préfère m’en aller, en considérant que j’ai fais ce que j’avais à faire, et que d’autres doivent à présent lutter pour offrir une vie meilleure à une population en perdition. Il faut une certaine force pour se sacrifier. Je dis se sacrifier parce qu’à un certain niveau, en bas, le mien, être devant les lumières, sujet à toutes les attentions, exigences, c’est se sacrifier. Entièrement, et sans calcul aucun. Je ne sais pas si j’ai la force, je ne sais pas si je suis prêt à me sacrifier, sans même que personne ne me le demande. Je me demande si je suis prêt à me battre pour avancer et faire avancer avec moi, nous, centimètre par centimètre, sans aucune certitude de gagner.

Je suis tellement fatigué de me battre. Des fois je regrette d’être si sensible, si politisé, si épidermiquement réactif. Des fois je regrette d’être moi, d’être si conscient de ce monde qui m’entoure. De ne pas être capable de m’en foutre. Je m’imagine souvent en un autre garçon, cheveux blonds, loin d’ici, installé dans une vie confortable, à profiter d’une famille que j’aurai déjà construit.

J’ai très peur de mourir Angela. J’y pense tous les jours, et souvent chaque jour. Je me sens traqué, comme dans une poursuite où je sais que qui qu’il arrive je vais perdre. Souvent ceux qui ont senti le boulet de canon passé pas loin sont euphoriques, conscients d’avoir eu une chance folle, désirant vivre une seconde chance inattendue. d’autres, beaucoup plus rares dépriment, à présent conscient que tout ne tient qu’à un cheveux, presque à rien. Ils sont conscient que la vie est un fil d’une extrême finesse et qu’un rien pourrait faire s’évaporer, définitivement. Une étrange mélancolie, une fatalité morose les occupent nécessairement. C’est ainsi, ils le savent. Ils portent en eux ce poids à tout jamais, tout en rêvant de redécouvrir cette naïveté qu’ils ont eu mais qu’ils ont perdu à jamais.

Je lis moins depuis quelques jours, ma santé est pas terrible, j’ai un peu le cafard avec ce froid glacial qui revient. Comme une envie de soleil, de pique-nique au bord du Rhône sur la jolie pelouse du Parc Gerland. Envie de flâner de manière insouciante avec ceux que j’aime. Même si un jour il faudra leur dire que je les aime mais c’est terriblement compliqué pour moi de dire des choses comme ça. À part avec toi, mais sans doute que l’urgence m’a déterminé à parler, à mettre de côté cette pudeur qui me freine tant. J’aime tellement les miens, tellement. Je les aime tant que je ne sais si je pourrai trouver les mots pour l’exprimer convenablement. Presque une boule trop grosse, trop brûlante pour sortir de ma gorge et s’exprimer convenablement, sans être déchiré d’être exprimé par des mots. Je suis étrangement un handicapé des mots, des sentiments. Même si je suis persuadé que cela t’étonne, c’est parfaitement, et horriblement vrai.

Je rêve beaucoup en ce moment, et je garde souviens en mémoire mes rêves. J’aime bien rêver et en garder souvenir. Cela me permet souvent de m’échapper, comme si mes rêves me permettaient, obéissant à un désir profond, de m’échapper d’une réalité très souvent indigne de mes espérances. Je rêve de tout, mais souvent que je suis ailleurs, que je suis coupé de tout ce qui a fait ma vie jusqu’à présent, que j’ai une vie nouvelle, presque une autre identité. Et je rêve souvent, très souvent que je vis au Pays Basque, loin, très loin, enfoncé au plus profond de ses immenses vallées à la flore d’un verdoyant sublime et aux collines solides, érigées en gardiennes naturelle d’une terre sauvage, indomptée. Je souffre chaque jour un peu plus de vivre si loin, je souffre de ne pas être avec les miens. Loin de moi de laisser à penser que les français sont de vilains métèques que je hais, mais vraiment avec le temps, je me sens de moins en moins à mon aise ici. Un étranger dans son propre pays, un rejeté de sa propre culture. Je veux tellement rentrer. Je veux tellement vivre parmi ce que j’ai choisi être ma culture, ma langue, mes terres fécondes, mon pays et son Histoire. « Easkalduna » est en général traduit par « je parle basque ». Je comprends les traducteurs et linguistes français qui tente cette traduction. Mais en faisant cela, il rate l’essentiel, la plus importante chose dans ce qui constitue le coeur de la langue Basque. Ce qui constitue le coeur du Peuple Basque. Une incompréhension à l’origine de bien des malentendus historiques, politiques, culturelle. Que l’Espagne se prend dans la gueule depuis plus de 50 ans. Et que la France commence à son tour à découvrir, de manière plus « pacifique ». 2000 ans d’incompréhensions, de ratés. 2000 ans à survivre à toutes les humiliations, colonisations, exterminations. À toutes les vagues d’immigrations sans fin. Je dois rentrer Angela.

J’aurai aimé faire plus léger, j’aurai aimé te faire rire, t’amuser avec ce post. Mais l’humeur est plutôt au gris foncé en ce moment, sans trop vraiment savoir pourquoi. J’espère juste t’entendre un peu demain. J’espère juste te voir bientôt. J’espère juste avoir un bon accueil au porte à porte de demain après-midi. J’espère juste finir la correction du chapitre 2. J’espère beaucoup, j’espère comme tout ceux qui cherchent inlassablement des réponses espèrent.

Antoine R.

19 février 2017

Bueltan

Classé sous Photos — voyageurfixe @ 3 h 38 min

Ainhoa

17 février 2017

“La mélancolie est une maladie qui consiste à voir les choses comme elles sont.”

Classé sous Post Personnel — voyageurfixe @ 3 h 16 min

Je n’avais pas vraiment prévu de t’écrire mon coeur à vrai dire. Je n’arrive pas à dormir, il est tard; je suis enrhumé et m’allonger m’empêche de respirer convenablement. Assez en tout cas pour me maintenir éveillé. Et ne pas arriver à dormir en tournant dans son lit est sans doute ce qu’il y a de pire pour moi je crois. Rester allongé en ne faisant rien, autant de temps perdu, statique, inutile, impuissant. Cette obsession d’agir, d’être en action, d’être efficace pour ne laisser aucun interstice pouvant laisser le doute, l’hésitation s’infiltrer. Je doute trop pour me permettre de réfléchir trop librement en ce moment. Je sais qu’au fond j’ai cette fragilité en moi, que j’ai tenté de réparer, de dissimuler lorsque je n’ai pas le choix pour continuer d’avancer. Mais je la sens, je la sens me poignarder profondément malgré tous mes efforts pour l’ignorer, la colmater définitivement. Ces derniers jours cela ne va pas trop, je ne sais pas trop pourquoi, mais je me sens tanguer.  Cela n’est même pas une impitoyable tempête sous mon crâne, cela serait mieux d’ailleurs. Les tempêtes je sais y résister, y survivre, j’ai la bonne position, la bonne posture intellectuelle pour cela. Lorsqu’il s’agit de combattre, d’être dans le dur, je suis sans doute ce qui se fait le mieux dans le domaine. Mais là je souffre d’un mal bien plus vicieux et patient que j’ai tant de mal à combattre malgré toute ma bonne volonté. Les douleurs de ‘âme sont bien plus douloureuses que celle du corps tant elles sont invisibles et apparaissent immenses et sans fin.  Je me sens si faible, si prompte à m’effondrer face à ce qui n’est qu’une rumeur de ma propre faiblesse. Je commence à vraiment souffrir, presque physiquement de ton absence bien, bien trop longue. Je t’aime mon coeur, je t’aime et là je ne sais plus trop comment faire sans toi. Peut-être que cela ne va as trop parce que je ne t’ai pas vu via skype depuis quelques temps, mais vraiment tu me manques. J’ai presque cette même douleur que si tu m’avais quitté.

Je ne suis pas vraiment sûr que cela soit très bien d’écrire ce genre de choses, que cela ne va pas te faire beaucoup de bien sans doute, que je devrai me retenir, pour ne pas t’inquiéter. Mais en réalité ne t’en fait pas trop pour moi. C’est juste un mauvais cap, un instant blafard à dépasser pour aller très rapidement mieux. C’est la lassitude du rhume sans doute qui me déprime plus que de raison. J’ai juste du mal à voir au-delà de la tempête qui me bouche la vue. J’ai envie de fumer, j’ai envie de dormir longtemps, très longtemps, et de me réveiller que quand tu seras revenu. J’ai envie de faire l’amour, délicatement, et de m’endormir après avec toi. Et que cela soit comme ça tous les jours, pendant plus longtemps que tout ce que je peux imaginer.

Je suis assez fatigué là je crois, je vais aller dormir un peu, j’ai des choses à faire, et dire, demain.

Je t’aime mon coeur.

 

 

12 février 2017

Bref…

Classé sous Poésie — voyageurfixe @ 7 h 11 min

"En un cerain sens, je suis devenu immotel."

7 février 2017

Chacun sa chimère

Classé sous Poésie — voyageurfixe @ 1 h 53 min
Sous un grand ciel gris, dans une grande plaine poudreuse, sans chemins, sans gazon, sans un chardon, sans une ortie, je rencontrai plusieurs hommes qui marchaient courbés.

Chacun d’eux portait sur son dos une énorme Chimère, aussi lourde qu’un sac de farine ou de charbon, ou le fourniment d’un fantassin romain.
Mais la monstrueuse bête n’était pas un poids inerte ; au contraire, elle enveloppait et opprimait l’homme de ses muscles élastiques et puissants ;

Elle s’agrafait avec ses deux vastes griffes à la poitrine de sa monture ;
Et sa tête fabuleuse surmontait le front de l’homme, comme un de ces casques horribles par lesquels les anciens guerriers espéraient ajouter à la terreur de l’ennemi.
Je questionnai l’un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi.

Il me répondit qu’il n’en savait rien, ni lui, ni les autres ; mais qu’évidemment ils allaient quelque part, puisqu’ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher.
Chose curieuse à noter : aucun de ces voyageurs n’avait l’air irrité contre la bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos ; on eût dit qu’il la considérait comme faisant partie de lui-même.

Tous ces visages fatigués et sérieux ne témoignaient d’aucun désespoir ; sous la coupole spleenétique du ciel, les pieds plongés dans la poussière d’un sol aussi désolé que ce ciel, ils cheminaient avec la physionomie résignée de ceux qui sont condamnés à espérer toujours.
Et le cortége passa à côté de moi et s’enfonça dans l’atmosphère de l’horizon, à l’endroit où la surface arrondie de la planète se dérobe à la curiosité du regard humain.
Et pendant quelques instants je m’obstinai à vouloir comprendre ce mystère ; mais bientôt l’irrésistible Indifférence s’abattit sur moi, et j’en fus plus lourdement accablé qu’ils ne l’étaient eux-mêmes par leurs écrasantes Chimères.

Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1869

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